L'agriculture comorienne, un secteur particulièrement exposé aux changements climatiques

3 juil. 2015

Dès son démarrage en juillet 2014, le projet Renforcement des capacités d'adaptation et de résilience du secteur agricole face au changement climatique en Union des Comores (CRCCA) a privilégié la réflexion collective, les échanges de points de vue et la confrontation d’idées. Les toutes premières actions de l’équipe ont été  les réunions d’information et de sensibilisation des communautés sur les questions liées aux changements climatiques. Ces réunions publiques ont été une grande opportunité pour rappeler la nécessité et l’urgence de mieux se préparer pour s’adapter à l’inévitable. Une démarche pour favoriser la prise de conscience des communautés et obtenir des résultats indéniables.

Les producteurs ont manifesté un grand intérêt et une disponibilité à accompagner l’esprit du projet. Ils se sont dits conscients du fait que leurs activités étaient bien dépendantes des conditions naturelles. Ces hommes et femmes travaillant la terre ont perçu les changements intervenus en termes de diminution de la pluviométrie, d’élévation de la température et de persistance de la saison sèche. Ils subissent déjà les effets et se disent donc victimes des changements climatiques.

Leurs témoignages ont concordé et ont fait état d’une augmentation constante de la chaleur, résultante d’un ensoleillement excessif et d’une prolongation de la saison sèche. La diminution de la pluie et le décalage de la saison de semis sont aussi cités comme des faits nouveaux, fréquemment observés ces dernières années, bien qu’il soit difficile de pouvoir évaluer les changements intervenus sur le régime des pluies et de l’ensoleillement en l’absence de données météorologiques fiables.

La mise en place des cultures n’obéit plus à un calendrier cultural précis, les pluies sont souvent rares ou arrivent au moment où elles ne sont plus optimales pour les activités agricoles et les pertes subies par l’insuffisance des pluies sont préoccupantes et sources de découragement pour les producteurs.

Stratégies d’adaptation

Les effets de ces réunions de sensibilisation se ressentent dans les attentes exprimées. Il y a quelques années par exemple, la priorité à Mwali était dépendante des habitudes alimentaires et portait principalement sur la culture du riz de bas fond et de montagne, en association avec le maïs, la banane et le manioc. Aujourd’hui, le choix des cultures est dicté par le climat et porte sur des cultures jugées plus tolérantes à une faible pluviométrie (banane et tubercules). Le choix des semences est ainsi l’une des attentes exprimées par les producteurs ; c’est aussi l’adaptation qui a été privilégiée dans cette conjoncture.

L’adaptation n’est pas une nouvelle « discipline », proposant un savoir nouveau, mais plutôt une attitude et une approche différente et particulière de la réalité. Les impacts du changement climatique sur les productions agricoles résulteront à la fois de la modification des facteurs climatiques locaux et de la vulnérabilité des systèmes de production et appellent donc forcement à des stratégies d’adaptation construites en fonction des réalités locales.

C’est dans ce contexte que le projet CRCCA, en concertation et collaboration avec ses partenaires individuels et institutionnels, s’est lancé dans la sélection, le suivi comportemental des variétés retenues et la multiplication des semences pour les variétés locales et introduites qui seront reconnues comme tolérantes  aux changements climatiques.

Au niveau des Centres ruraux de développement économique (CRDE), les actions ont porté globalement sur la mise en place de 14 variétés de bananiers, dont 11 locales, de 6 variétés de manioc, dont 3 introduites, de 6 variétés de patate douce, dont 5 introduites, de 2 variétés d’ignames, dont une locale, en plus d’une variété locale de taro.